Ce que je crois ...


"J'ai eu de la chance.

J'ai échappé aux longues heures d'instruction qui sont aujourd'hui le lot des jeunes cavaliers. Je n'ai pas connu les concours dominicaux, ni la trique des instructeurs nostalgiques des casernes d'antan. J'ai fait mes apprentissages tout seul, sur le dos d'un entier qui broutait à l'ombre d'un château. Le château d'un voisin, cela va sans dire, car chez nous, il n'y avait ni château, ni pur sang. Adolescent, le soir, je sautais la clôture pour observer la bête, la caresser, l'apprivoiser.

Un jour, je suis monté sur son dos.

C'était joué. Aller à cheval pour moi, serait synonyme de liberté volée et de grands horizons parcourus. Pas de barres à sauter ni de chronomètres à scruter. Pas de parcours obligé, ni de médaille à remporter. Juste l'envie de se sentir bien en selle et d'évoluer avec le vent et le soleil pour seuls maîtres.

Cela ne signifie pas absence de rigueur, bien au contraire. Très vite, je me suis aperçu qu'il me fallait perfectionner ce que l'instinct me soufflait.
Affiner le rapport de l'homme et de l'animal. Posséder assez de technique pour faire face aux mille incidents, parfois aux dangers, qui attendent le cavalier dès qu'il s'aventure sur des chemins solitaires, dans de la vraie nature, loin des carrières et des manèges.
Or, il est des pays où le cheval reste ce qu'il était chez nous il y a seulement un demi-siècle. Un élément quotidien de la vie. Un compagnon indispensable au labeur de tous les jours. Un avaleur de kilomètres. En Espagne, puis au Portugal, j'ai côtoyé en Andalousie et en Algarve des hommes qui travaillent, heure après heure, sur le dos de leurs chevaux. Ils n'ont pas droit à l'erreur ni à la moindre faute technique. Les taureaux qu'ils frôlent et qu'ils affrontent, dans les prés puis sur l'arène, ont la mort au bout de leurs cornes. Sur ces terres-là, un appuyer, un reculer ou une pirouette ne sont pas des fantaisies d'académie, mais des gestes de survie.
Il y avait là une première leçon à tirer. Le dressage désormais, n'était plus une corvée gratuite. Au contraire, il avait pris tout son sens. Plus je passerais les heures nécessaires à modeler les muscles de mes chevaux , plus j'accumulerais le travail de fond, sur moi-même comme sur ma monture, plus je pourrais jouir de ma propre liberté.

J'aurais pu en rester là.

J'ai rencontré alors les amateurs d'Equitation Western. Ils ont eux aussi, pour référence, d'authentiques travailleurs du cheval. Les pionniers de l'Ouest ne sont pas qu'un folklore. Ils ont des descendants qui peuvent tout aussi bien survoler leurs ranchs en hélicoptère que passer douze à quinze heures en selle pour pousser leur troupeau d'Angus vers des pâturages d'altitude.
J'ai décidé d'emboîter le pas à leur histoire. De jouer le jeu du chapeau et des feux de camps.
J'ai trouvé dans cette équitation une forme de sérénité et de tranquillité. La rapidité, la souplesse, l'agilité, ici, ne vont pas sans un calme souverain.

En avant, calme et droit, on n'est pas loin, finalement, des racines de l'équitation classique ".

Alain BEDU

Haras de Pressoucy
1 route de Touquin - 77 120 Beautheil

01 64 65 59 52 - 06 26 86 05 35
haras.pressoucy@laposte.net